Vous vous éloignez après le dernier morceau de votre playlist préférée. Ensuite, une chanson que vous n’avez jamais entendue auparavant commence à jouer. C’est bon. Ou alors c’est terrible. Vous cliquez quand même sur Play.
C’est ainsi que fonctionne Spotify. Ce n’est pas magique. C’est du code.
Avec une part de marché de plus de 30 pour cent, Spotify domine le streaming musical. Son principal argument de vente n’est pas seulement la bibliothèque de chansons. Ce sont les playlists personnalisées. Vous connaissez ceux-là : “R&B Mix”, “80s Mix” ou “Elvis Presley Radio”. Ils sont placés au premier plan sur votre écran d’accueil. Ils sont conçus pour vous permettre de rester à l’écoute.
Mais comment décident-ils ce que vous entendez ? Et pourquoi ce système rend-il presque impossible la percée des nouveaux artistes ?
Comment fonctionne le moteur de recommandation Spotify
La plupart des gens découvrent de nouvelles musiques grâce à ces listes de lecture algorithmiques. Le contenu n’est pas aléatoire. Cela dépend de deux choses : vos préférences et les fonctionnalités audio de la piste.
Antoine Henry de l’Université de Lille explique que cette influence se produit à plusieurs niveaux. Les systèmes de recommandation suggèrent des artistes spécifiques. Les listes de lecture personnalisées mélangent les chansons sélectionnées par l’utilisateur avec celles choisies de manière algorithmique. La logique fondamentale ? Ce que vous écoutez habituellement.
Si vous diffusez beaucoup de rock, Spotify pousse le rock. Mais cela va plus loin que les simples balises de genre. L’algorithme analyse les métadonnées fournies par les artistes. Cela inclut les « tags d’humeur » comme « heureux » ou « mélancolique ». Il note la langue. Il identifie les instruments utilisés.
Ensuite, il divise la chanson en sections. En analysant la façon dont les utilisateurs interagissent avec l’audio (sauter tôt, répéter un refrain, le laisser jouer), l’algorithme apprend quelles parties résonnent. Il utilise ces données pour suggérer davantage de musique de ce type spécifique.
Le but est simple. Montrez-vous ce que vous aimerez. Parce que si vous l’aimez, vous continuez à diffuser. Et si vous continuez à diffuser, Spotify reste pertinent.
L’avantage pour les stars établies
Pour les musiciens, les algorithmes sont à la fois une échelle et un mur.
Si une chanson est ajoutée à une playlist algorithmique majeure, l’artiste peut gagner des milliers de nouveaux auditeurs du jour au lendemain. Cette visibilité est de l’or. Il convertit les auditeurs occasionnels en fans.
Mais à qui profite-t-il le plus ? Habituellement, le déjà célèbre.
Les algorithmes donnent la priorité à la popularité. Si une piste suscite déjà un engagement élevé, le système suppose que d’autres l’apprécieront également. C’est une boucle de rétroaction. Les riches deviennent plus riches.
Prenez The Weeknd. Il détient actuellement le record du plus grand nombre de flux mensuels sur Spotify. Lorsqu’il sort un nouveau single, l’algorithme pousse fort. Il apparaît en bonne place dans les suggestions. Pourquoi? Parce que les données existantes suggèrent une forte probabilité d’acceptation.
Qui a, à qui on donnera davantage. Ce n’est pas seulement une citation biblique. C’est une logique algorithmique de base.
La barrière pour les nouveaux arrivants
Les nouveaux artistes font face à une montée abrupte. Même si leur musique correspond à l’ambiance d’une playlist, ils sont rarement retenus.
Cela est particulièrement vrai pour les artistes qui ne correspondent pas aux genres standards. Peut-être qu’ils mélangent les styles. Peut-être qu’ils utilisent des instruments non conventionnels. L’algorithme peine à les catégoriser. Sans métadonnées claires ni données d’engagement existantes, il les ignore.
Résultat? Moins de flux. Moins de fans. Moins d’argent.
“C’est essentiel pour se faire connaître, mais en tant qu’artiste indépendant, vous savez que vous ne récupérerez jamais ce que vous avez dépensé en production”, explique Valentina, une auteure-compositrice-interprète de 20 ans qui sort de la musique sous le nom de VALENN. Elle est présente sur les plateformes de streaming depuis 2022. Son expérience est commune.
Le système privilégie les succès avérés par rapport aux succès potentiels. Les nouveaux arrivants sont un risque que l’algorithme évite.
Musique dans une bulle de filtre
Cette dynamique crée ce que les experts appellent des « bulles de filtre ».
Les réseaux sociaux font cela. Le streaming musical le fait aussi. Giuseppe Mazziotti, de l’Université catholique de Lisbonne, note qu’Internet devient une série de bulles sans fin. Les barrières ne sont pas brisées. Ils sont renforcés.
Pour les auditeurs, cela rétrécit les horizons. Si vous êtes coincé dans une bulle algorithmique basée sur l’interaction, vous voyez moins le monde créatif au sens large. Vous vivez une sorte d’aplatissement culturel. Vous n’entendez que ce qui est déjà populaire.
À long terme, cela pourrait nuire à l’ensemble de l’industrie musicale. Pour jouer avec le système, les artistes pourraient commencer à écrire de la musique pour l’algorithme. Ils pourraient supprimer le caractère unique pour s’adapter à un moule. La musique pourrait devenir uniforme. Générique. Fade.
Spotify n’a pas de solution toute faite pour cela. Pas encore.
Alors que pouvez-vous faire ? Arrêtez d’attendre que l’algorithme vous sauve. Recherchez vous-même de la nouvelle musique. Faites défiler les réseaux sociaux. Creusez plus profondément que le haut de la playlist.
L’algorithme veut que vous restiez à l’aise. Briser ce confort pourrait être le seul moyen de trouver quelque chose de réel.

















